Un matin de juillet 2016, dans une salle exiguë d’un centre hospitalier à Butuhe, une jeune femme, à peine vingt ans d’âge, attendait désespérément et en silence. Elle s’appelait Léonie. Violée par trois hommes en armes, membres du mouvement ADF, alors qu’elle fuyait les combats à Miriki, elle avait parcouru plus de 80 kilomètres à pied, fuyant à la fois la guerre, la douleur et la honte. C’est au sein de FEPSI qu’elle a trouvé, pour la première fois depuis son drame, une oreille, un lit, un soulagement.
L’Association des Femmes Engagées pour la Promotion de la Santé Intégrale (FEPSI), fondée en 1999, célèbre ce mercredi ses 25 ans. Un quart de siècle de combats, d’écoute, d’accompagnement silencieux mais essentiel des femmes meurtries par les affres de la guerre, la pauvreté, les violences sexuelles et l’abandon du système.
FEPSI, ce n’est pas seulement une structure. C’est un abri, un lieu de réconfort et une maison d’espoir pour des milliers de survivantes qui, comme Léonie, ont été broyées par l’Histoire mais qui ont réussi à se révéler. C’est un espace de reconstruction, où le soin médical est offert sans jugement, où la parole est rendue à celles à qui on l’a confisquée par la violence.
Dans un pays où les politiques publiques sur la santé mentale sont quasi inexistantes, FEPSI s’est imposée comme une pionnière. Son approche intégrée (soins physiques, prise en charge psychologique, accompagnement socio-économique,…) a marqué les pratiques locales et nationale en matière de prise en charge. « Dans des zones en proie à l’insécurité chronique, elle a fait le choix de rester, quand d’autres fuyaient. Elle a fait le choix de soigner, quand d’autres se contentaient de compatir… »
Il y a bien sûr eu les obstacles : menaces, manque de financements, débordement et fatigue du personnel, insécurité persistante, … Mais il y a surtout eu cette fidélité obstinée à la cause des femmes. À Butembo, à Beni, à Oicha, à Mbau, à Musienene, à Lubero, Kayna et dans plusieurs autres agglomérations ; des centaines de témoignages se croisent et se ressemblent : « Sans FEPSI, je ne serais plus là… ».
Alors que l’organisation célèbre son jubilé d’argent, il ne s’agit pas seulement de saluer le passé. Il faut poser les bonnes questions pour l’avenir. Combien de temps encore faudra-t-il que des associations communautaires portent à bout de bras ce que l’État devrait garantir ? Quand verrons-nous une véritable politique nationale de prévention des violences sexuelles ? Et surtout, comment garantir un soutien durable à toutes ces structures qui, comme FEPSI, sont en première ligne ?
Dans un pays où la guerre use les corps et le silence tue les âmes, FEPSI a semé l’espoir. Et aujourd’hui, plus que jamais, il faut que cette semence grandisse. Le jubilé n’est pas une fin. C’est un cri. Un appel. Pour que les femmes ne soient plus jamais abandonnées.