À l’occasion du Mois de la Femme, une messe a été dite aujourd’hui à la paroisse catholique de kyavuyiri, en ville de butembo après une conférence tenu en ce même lieu. Intervenant en cette occasion, madame Rose Tuombeyane, coordonnatrice de la Dynamique des Femmes pour la Bonne Gouvernance (DYFEGOU), a livré un plaidoyer vibrant pour une implication radicale de la femme dans le processus de sécurisation et de gouvernance à Butembo et dans ses environs.
Loin des discours de célébration classiques, elle définit la paix non comme un acquis, mais comme un « chantier » permanent exigeant une vigilance de chaque instant.La Paix : Un chantier qui commence au foyerPour la coordonnatrice de la DYFEGOU, la paix ne peut se construire sans une appropriation individuelle par chaque femme.
Elle récuse l’idée que le terme « femme » à la radio désigne toujours « les autres ». Chaque femme doit se sentir concernée au sein de son propre foyer et de sa famille, en restant en « veille » permanente, en restant en l’écoute de son environnement immédiat, ses voisins, le milieu professionnel, en vue de déceler toute situation susceptible de déstabiliser la sécurité.
« La paix est encore un chantier. Nous ne voulons pas seulement dire que c’est encore un problème, parce que c’est un chantier parce que nous sommes déjà engagés. Nous devons savoir qu’il n’y a pas de paix sans participation de la femme. Les femmes victimes doivent être transformées aussi en actrices parce qu’elles ont des informations, elles ont l’expérience… parce qu’elles ont vécu cette douleur de la paix. » explique-t-elle
Le rôle naturel d’éducatrice de la femme doit servir de rempart pour empêcher les jeunes et les maris de se laisser manipuler par les groupes armés. Face à un ennemi « rusé », La vigilance citoyenne reste un atout pour toutes les femmes dans la partie Est en proie à l’insécurité.
Elle dresse un constat lucide sur la situation sécuritaire précaire à Butembo, ville perçue comme un îlot de paix relative où l’ennemi cherche activement à recruter.
« L’ennemi aujourd’hui est très rusé. Il utilise la tenue des FARDC, il peut se faire passer pour une femme… il utilise toutes les catégories sociales les moins suspectes pour maîtriser le terrain. » note Rose Tuombeyane.
Elle souligne également le danger du gain facile. Selon elle, de nombreux jeunes rejoignent les rangs de l’ADF dans la forêt, séduits par des promesses d’opportunités financières. L’auto-éducation et l’analyse critique sont donc essentielles pour ne pas tomber dans ces pièges.Gouvernance :
Exiger des comptes aux autorités
L’implication des femmes ne s’arrête pas à la surveillance ; elle s’étend à la reddition de comptes. Rose Tuombeyane insiste sur le fait que la bonne gouvernance est un dialogue bidirectionnel. Les femmes doivent demander aux autorités : « Lorsque nous avons donné telle information, qu’en avez-vous fait ? ». Les autorités ont l’obligation de rendre compte de leurs actions et de l’utilisation des contributions citoyennes pour la paix.
« Nous devons renforcer l’éducation sans oublier le dernier rôle d’aller toujours rappeler aux autorités et leur demander des comptes. Les autorités sont là pour aussi nous rendre compte, nous faire le rapport par rapport à tout ce qu’ils font, mais aussi par rapport à tout ce que nous avons donné comme contribution. »
Voir des femmes au sommet de la sécuritéLe message phare de ce mois de mars est la transition du statut de « victime » vers celui de « partie prenante ». Un appelle à une intégration réelle des femmes dans les instances de décision sécuritaires.
Elle exprime le souhait de voir des femmes nommées comme Commandant de ville (FARDC ou Police) ou comme Responsable de la Documentation (REDOC). Elle suggère la nomination des femmes intellectuelles ayant survécu aux violences, car leur expérience de la douleur constitue une expertise unique pour la gestion de la paix.
Ainsi, elle exhorte la « crème féminine » à mettre en avant ses expertes dans les thématiques du genre et de la paix pour répondre aux besoins professionnels de l’État de manière méritée.
A elle de chuter que la gestion du pays en contexte de conflit ne doit pas être un simple « emploi » réservé à une élite, mais une « conjugaison d’efforts » incluant les femmes à tous les niveaux de dialogue et de stratégie.
La Rédaction
